
Le Forum des droits humains appelle à renforcer la transparence, le contrôle citoyen et la redevabilité
Kinshasa, République démocratique du Congo — 18 août 2026
La corruption demeure l’un des principaux obstacles à la consolidation de l’État de droit, au développement économique et à l’amélioration des conditions de vie de la population en République démocratique du Congo.
Le Forum des droits humains (FDH) publie cette première cartographie indicative des secteurs présentant des risques importants de corruption. Cette cartographie ne constitue pas un classement judiciaire des institutions ou des personnes et ne préjuge pas de la responsabilité individuelle d’un quelconque acteur. Elle vise à identifier les secteurs nécessitant une vigilance accrue, sur la base des risques documentés par différentes institutions et organisations spécialisées.
1. Les marchés publics
Les marchés publics constituent l’un des principaux domaines de vulnérabilité.Les risques comprennent notamment : le favoritisme dans l’attribution des marchés ; les ententes entre soumissionnaires ;la surfacturation ; le recours abusif aux marchés de gré à gré ;les conflits d’intérêts ;les prestations fictives ou incomplètes ;les commissions et rétrocommissions.
Une analyse du FMI consacrée à la gouvernance en RDC relevait que les procédures de passation des marchés publics étaient particulièrement vulnérables à la corruption et qu’en 2018, seuls 14 % des contrats publics avaient été attribués par voie concurrentielle.
2. Le secteur minier et les ressources naturelles
Le secteur extractif représente un enjeu majeur compte tenu des revenus et des actifs considérables qu’il génère.
Les principaux risques concernent :
l’attribution et la gestion des permis ;la négociation et l’exécution des contrats ; la sous-traitance ; la gestion des participations de l’État ; la déclaration de la production et des revenus ; les exportations ;la redistribution des recettes minières ;les conflits d’intérêts et le bénéficiaire effectif des sociétés.
Le FMI a notamment recommandé davantage de transparence dans les contrats miniers, la publication des bénéficiaires effectifs et le renforcement du contrôle des entreprises publiques du secteur extractif.
3. Les entreprises publiques
Les entreprises du portefeuille de l’État constituent également un secteur prioritaire de surveillance.
Les risques identifiés comprennent notamment la mauvaise gouvernance, les contrats opaques, la faiblesse des contrôles internes, les recrutements non transparents, les détournements et les pertes financières.
Le FMI souligne que les entreprises publiques congolaises sont particulièrement exposées aux risques de corruption en raison de leur présence dans des secteurs stratégiques tels que les mines, l’électricité, l’eau, les transports et les infrastructures.
En 2025-2026, le FMI a encore recommandé de renforcer le suivi des principales entreprises publiques, notamment Gécamines, MIBA, REGIDESO, SNEL, RVA, SNCC et ONATRA, et d’améliorer la publication de leurs états financiers.
4. Les administrations fiscales et douanières
La mobilisation des recettes publiques constitue un autre secteur nécessitant une vigilance particulière.
Les risques comprennent :
les paiements informels ; les exonérations abusives ; la sous-évaluation des marchandises ; la fraude douanière ; les arrangements entre agents publics et opérateurs économiques ; la manipulation des déclarations fiscales ;la corruption liée aux contrôles. Le FMI a relevé des faiblesses dans les procédures fiscales et douanières ainsi que des mécanismes de contrôle insuffisants.
5. La justice
L’intégrité du système judiciaire constitue une condition essentielle de la lutte contre la corruption. Lorsque des actes de corruption ne font pas l’objet d’enquêtes indépendantes ou de poursuites impartiales, la corruption risque de devenir structurelle et de fragiliser l’ensemble des institutions.Le renforcement de l’indépendance de la justice, de la transparence des procédures et des mécanismes disciplinaires doit donc constituer une priorité.
6. La police et les services de sécurité
Les risques dans ce secteur peuvent notamment prendre la forme : d’extorsions ;de paiements informels ; d’abus de pouvoir ;de corruption aux postes de contrôle ; de pratiques permettant d’éviter une procédure ou une sanction. La lutte contre la corruption dans les services de sécurité doit être accompagnée d’un renforcement de la protection des citoyens et des mécanismes de plainte.
7. Le secteur foncier
Le foncier présente également des risques importants :falsification de documents ; attribution irrégulière des terrains ; spoliation ; conflits d’intérêts ; corruption dans les services cadastraux ; manipulation des titres de propriété. La sécurisation des titres fonciers et la numérisation des procédures pourraient contribuer à réduire les possibilités de fraude.
8. Les infrastructures, transports, eau et électricité
Les grands projets d’infrastructures représentent des volumes financiers considérables et nécessitent donc des mécanismes de contrôle particulièrement rigoureux.
Les risques peuvent concerner la sélection des entreprises, la passation des marchés, la facturation, les avenants, le contrôle des travaux et la réception des ouvrages.
9. Santé et éducation
La corruption dans les secteurs sociaux a un impact direct sur les citoyens. Dans la santé, les risques peuvent concerner l’achat de médicaments et d’équipements, les marchés hospitaliers et la gestion des financements. Dans l’éducation, ils peuvent concerner les recrutements, les marchés, les frais illégaux et la gestion des établissements.
UNE CARTOGRAPHIE POUR L’ACTION
Le Forum des droits humains estime que la lutte contre la corruption ne doit pas se limiter à dénoncer les détournements après leur commission. Elle doit également permettre d’identifier où se trouvent les risques, comment ils fonctionnent, quels sont les mécanismes de contrôle existants et quelles institutions doivent rendre des comptes.
Le FDH propose ainsi une approche fondée sur six indicateurs :
1. Volume financier concerné ; 2. Niveau d’opacité; 3. Faiblesse des mécanismes de contrôle ; 4. Risque de conflits d’intérêts 5. Fréquence des plaintes et signalements ; 6. Impact de la corruption sur les droits économiques et sociaux des citoyens.
La corruption n’est pas uniquement une question financière. Elle prive les citoyens de leurs droits, affaiblit les institutions, détruit la confiance publique et compromet le développement du pays.
Le Forum des droits humains réaffirme son engagement à contribuer à la documentation, au monitoring citoyen et à la promotion d’une gouvernance fondée sur la transparence, l’intégrité, la justice et la redevabilité.
« Combattre la corruption, c’est défendre les ressources publiques, protéger les droits des citoyens et construire un État véritablement au service de la population.»

Laisser un commentaire